Les propos de Laurent Wauquiez, le jour de la fête de l’Europe, sont une provocation pour notre République qui porte les valeurs de la fraternité. Que cherchait ce ministre des affaires européennes en déroulant un discours populiste devant sans doute un auditoire consterné ? Comment oublier que ce même ministre faisait partie de la commission qui a contribué à l’élaboration du rSa ?
Car le rSa est une création de la majorité présidentielle. Mis en place par la loi du 1er décembre 2008, le rSa sous tend déjà la vieille et controversée théorie libérale du chômage volontaire qui postule que l'économie est en plein-emploi et qu’il suffit de vouloir travailler davantage aux conditions offertes par le marché. Or cette théorie est contredite par les faits car la cessation d’activité est majoritairement involontaire.
Le rSa a officiellement trois objectifs :
- simplifier les minima sociaux avec la disparition notamment du RMI créé sous le gouvernement Rocard, et de l’allocation de parent isolé,
- lutter contre l’exclusion car il s’adresse aussi aux sans emplois,
- encourager la reprise d’activité en maintenant un complément de revenus (part du rSa) à côté du revenu professionnel et en allouant une aide personnalisée de retour à l’emploi c’est-à-dire une enveloppe financière (aide pour le transport, un déménagement, la garde d'enfants...) destinée à aplanir les difficultés liées à la reprise rapide d'un travail.
Il faut être français pour en bénéficier ou titulaire, depuis au moins cinq ans, d’un titre de séjour autorisant à travailler et avoir plus de 25 ans (ou avoir travaillé deux années pour les moins de 25 ans).
Le rSa procure environ 450 euros pour une personne seule, et à condition qu’elle ne soit pas déjà logée gratuitement. Imaginez donc un instant comment vivre avec cette somme amputée du montant d’un loyer...
Alors, est-ce une bonne chose ? oui, si l’on considère qu’on ne peut vivre de rien et que « la fraternité », inscrite aux frontons de nos mairies et de nos écoles, impose des choix budgétaires. A cet égard on relèvera que le rSa est financé notamment par un impôt de 1,1 % sur tous les revenus du patrimoine et de placement mais que les contribuables bénéficiant du « bouclier fiscal » en ont été exemptés...
Est-ce que cela coûte à la collectivité ? non. En 2010, le RSA n’a rien coûté à l’État, le fonds de financement étant excédentaire de 1 milliards d’euros.
Est-ce que ça marche ? Le rapport d’évaluation intermédiaire 2010 du comité national d’évaluation du rSa estime que 1,8 million de foyers, regroupant 3,8 millions de personnes, sont allocataires du rSa en septembre 2010 soit 20% de plus depuis juin 2009. Des pauvres, il y en a peut-être toujours eu, mais il y en a de plus en plus.
Les pauvres sont-ils prêts à travailler ?
Selon ce même rapport, « la mobilité au sein du rSa est assez importante : près de 5% des foyers allocataires du rSa sortent du dispositif chaque mois et un nombre équivalent y entrent, ce qui témoigne de la dynamique du dispositif ». Le système fonctionne donc, et les résultats peuvent difficilement être meilleurs car le chômage est d’abord subi et la reprise du travail souvent problématisée car « ils », et le plus souvent « elles », ne peuvent faire garder leur (s) enfant (s) ou ont des contraintes de santé ou de transport qui leur paraissent insurmontables ou le sont véritablement. A cet égard, il faut saluer le travail extraordinaire de tous ces accompagnateurs sociaux qui, au pôle emploi, aux seins d’associations, ici et là, réapprennent à s’habiller, à planifier un parcours, à se présenter, à être à l’heure, bref à remettre le pied à l’étrier du travail.
Faut-il parler d’assistés ?
Alors oui, il y a certainement « des profiteurs des allocations » comme il y a des fraudeurs dans toutes les franges de la société, et il appartient à l’Etat de mettre en place des dispositifs pour les repérer et les sanctionner. En contrepartie, que le gouvernement réfléchisse aussi à ces français plus riches qui paient l’impôt au-delà de nos frontières tout en bénéficiant de nos services publics payés avec nos impôts et surtout qu’il regarde la dette nationale supportée par tous, y compris par nos entreprises, dette abyssale issue de la gestion de cet exécutif qui surfe sur une lame bleu marine populiste et dangereuse.
Nous sommes tous des « assistés » si l’on considère ce formidable système social mis en place par nos parents après la seconde guerre mondiale qu’est la « Sécurité Sociale ». Nous sommes tous des « assistés » quand nous demandons aux enseignants d’éduquer nos enfants, aux médecins hospitaliers de soigner nos proches, aux facteurs d’acheminer notre courrier, aux policiers et aux gendarmes d’assurer notre sécurité, aux collectivités locales de construire et d’entretenir nos routes et nos réseaux de transport....
Sommes-nous condamnables pour autant ? non, parce que nous avons voulu et construit cette société qui nous oblige à penser concrètement la fraternité.
Cessons de stigmatiser les pauvres et faisons haro sur la misère.
Merci la France de nous assister.
Merci la France d’assister nos pauvres.
